Pour tenter une définition en quelques mots, improviser c'est "inventer" une nouvelle mélodie dans le contexte d'un morceau existant, le plus souvent en direct lorsque le musicien est sur scène, et en suivant l'inspiration du moment. Le dernier point est important : un "vrai" musicien de jazz ne jouera jamais 2 fois la même chose en improvisant sur le même morceau, bien qu'il puisse reprendre des idées d'une improvisation précédente.
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| Début du solo improvisé de Yusef Lateef sur "Yusef's Mood" (Jazz Moods, 1957) |
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| Début du solo improvisé de Yusef Lateef sur "Yusef's Mood" (Live At Pep's Vol 2, 1964) |
Un musicien débutant trouvera souvent cet exercice obligé extrèmement difficile, mais comparons avec une conversation que vous pourriez avoir avec un ami : si celui-ci vous demande soudain ce que vous avez pensé de tel événement récent, qu'allez vous faire ? Et bien vous allez improviser, tout simplement, "inventer" des phrases que vous n'avez probablement jamais prononcées avant. Et si quelqu'un d'autre vous repose la même question 2 jours plus tard, vous ferez une réponse certainement semblable sur le fond, mais évidemment formulée d'une autre façon. Rien de bien différent avec l'improvisation en jazz donc, la réelle difficulté venant surtout du fait que nous sommes nettement plus habitués à parler avec des mots qu'à parler avec des notes.
Joshua Redman en train d'improviser, si ça se trouve !
En jazz, tous les instruments d'une formation ont le droit légitime de jouer une partie improvisée, y compris la basse et la batterie. Il faut bien avouer que, pour l'auditeur, ces 2 derniers instruments posent souvent un problème : à cause de la sonorité même de la contrebasse, et d'une qualité d'enregistrement souvent moyenne jusqu'aux années 60, la plupart des solos de basse se transforment en "trou noir" où l'on distingue vaguement 2 ou 3 notes en tendant l'oreille. Quand aux solos de batterie, moins fréquents, il n'est pas rare qu'ils soient perçus comme un vacarme insupportable.
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| Extrait du solo de contrebasse de Charlie Mingus sur "Switch Blade" (Money Jungle, 1962) |
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| Un des solos de batterie de Art Blakey sur "Alison's Uncle" (Somethin' Else, 1958) |
Avant de parler de l'improvisation proprement dite, il faut d'abord faire la distinction entre les 3 types de jazz suivants :

Une partition de jazz.
Les signes bizarres au dessus de la portée (E7, D7, etc...) indiquent les accords.
On devine donc que, pour chaque type de jazz, l'approche de l'improvisation sera différente. Cependant, dans tous les cas, le soliste aura fort intérêt à apprendre le thème du morceau sur lequel il improvise : non seulement cela peut être utile en "roue de secours" quand il n'a plus d'idée, mais citer une partie du thème au cours de son improvisation ou pour conclure apportera un plus indiscutable.
Plusieurs approches sont possibles :
- Une petite impro Monsieur Evans ?
- Hum, je ne sais pas, j'hésite...
Note à tous les musiciens, et particulièrement aux guitaristes : improviser, ce n'est pas jouer le maximum de notes qu'il vous est possible de jouer dans l'espace de temps qui vous est offert. La musique a aussi besoin de silence et de "respirer". Ecoutez n'importe quel disque de jazz des années 60 et vous constaterez que les musiciens de jazz travaillent généralement par petites phrases qui s'enchainent et se répondent.
Grant Green ne fait pas semblant lui !
Note à moi même : improviser, ce n'est pas brancher le pilote automatique et jouer "au hasard" sur la bonne gamme en attendant que quelque chose d'intéressant sorte de mes doigts. Une improvisation doit avoir une "intention" et se construit comme un discours, avec une introduction, un développement et une conclusion.
Pour s'attirer la faveur de l'auditeur, un bon moyen peut être de citer dans son improvisation un air qu'il connait déjà, que ce soit une partie du thème du morceau (comme je le faisais remarquer plus haut), un air populaire, un thème connu du répertoire classique, ou que sais-je encore. Je me souviens par exemple d'un concert de jazz en plein air, pendant lequel le carillon de la Cathédrale toute proche a sonné l'heure : 2 minutes plus tard, le pianiste déclenchait un tonnerre d'applaudissements en reprenant l'air du carillon dans son solo.