L'évolution des supports d'enregistrements, du 78 tours des années 30 au CD des années 80, a eu une influence certaine sur la durée des morceaux de jazz. Avant la II° Guerre Mondiale, le seul support disponible est le disque 78 tours, qui offre une durée d'enregistrement comprise entre 3 et 4 minutes par face. On peut supposer que certains morceaux étaient joués dans des versions plus longues en concert, mais cette contrainte marque les musiciens au point que même lorsque Louis Armstrong donne un concert à l'Olympia en 1962, moins d'un quart des 19 morceaux joués atteignent ou dépassent les 5 minutes.

78 tours

Le disque 33 tours apparait à la fin des années 1940, et la durée d'enregistrement passe alors à 20 ou 25 minutes par face. Dès la fin des années 50, les morceaux de plus de 10 minutes deviennent relativement fréquents sur disques. On atteind même 17 minutes sur All Night Long (Donald Byrd et Kenny Burrell, 1956) et 18 minutes sur Olé (John Coltrane, 1961). Le record en la matière est cependant détenu par le Free Jazz de Ornette Coleman, un disque comprenant un seul et unique morceau de... 37 minutes !

All Night Long - Donald Byrd and Kenny Burrell - 1956

A la fin des années 60, alors que de nombreux groupes de rock expérimentent les doubles albums (le "White Album" des Beatles sort en 1968) et les morceaux à ralonge (23 minutes pour le "Echoes" de Pink Floyd en 1971), les 2 nouveaux courants du jazz (jazz/rock et free jazz) font de même : en 1970, le Bitches Brew de Miles Davis est un double album dont les 2 premiers morceaux durent respectivement 20 et 27 minutes.

Bitches brew - Miles Davis - 1969

L'apparition du CD, au début des années 80, a eu 2 effets. Le premier se traduit, lors de la ré-édition des disques de jazz sur ce support, par l'apparition de "bonus tracks" ajoutées au contenu original des albums pour profiter de la durée supplémentaire offerte. Si cela est parfaitement justifié dans certains cas (par exemple la ré-édition du Money Jungle de Duke Ellington/Charles Mingus/Max Roach permet de découvrir 6 morceaux inédits, absents de l'édition originale), le système trouve vite ses limites avec de nombreux CD sur lesquels figurent 2 ou 3 versions différentes de chaque morceau. Sans parler des coffrets de 10 CD (ou plus) regroupant l'intégrale de certains musiciens. Autant cela peut avoir un intérêt sur le plan historique ou pour l'étude de la musique, autant l'auditeur n'y trouve pas forcément son compte.

Money Jungle - Duke Ellington - 1962

Le second effet est lié à l'allongement de la durée disponible : si dans les années 50/60, les disques de 35 minutes environ sont monnaie courante, depuis la fin des années 1990 un CD de jazz dure généralement environ une heure (soit pratiquement le double). Là non plus, l'auditeur n'y trouve pas forcément toujours son compte, certains CD s'avérant bien difficile à "digérer" sur une telle durée.