Quand on ne connait pas un genre musical, quel qu'il soit, on peut avoir tendance à penser que c'est un peu toujours pareil, un peu tout la même chose. Erreur grossière, qu'on parle de jazz ou d'autres musiques. Rien qu'un exemple : dans le genre "musique classique", on trouve aussi bien des orchestres symphoniques comprenant une bonne cinquantaine de musiciens que des quatuors à cordes, des opéras lyriques avec chanteurs ou des pièces pour piano seul. Et bien dans le jazz, on retrouve la même diversité.
Les formations les plus courantes sont :
Mais on trouve aussi des formations plus rares comme le solo (un musicien seul, voir certains enregistrements de Thelonious Monk ou Anthony Braxton), le duo (2 musiciens, voir certains enregistrements de Archie Shepp), des extensions du quintet comprenant 6 musiciens et plus (sextet, septet, octet, nonet) ou la réunion de 2 quartets (double quartet, voir Ornette Coleman et Max Roach).
Pat Metheny en trio |
Gil Evans et son orchestre |
Pas besoin d'avoir fait Polytechnique pour deviner que chaque type de formation sonnera différemment, qu'elle aura ses avantages et inconvénients. Par exemple le big band permet d'obtenir des arrangements de cuivres très riches et d'avoir une puissance sonore redoutable. D'un autre côté, les formations réduites (trio, quartet et quintet) donnent logiquement plus d'importance aux solistes qui, de fait, ont en général plus de liberté et de temps pour s'exprimer.
Pour la plupart des gens, l'instrument type du jazz est sûrement le saxophone. Mais savez-vous qu'il existe en fait 4 saxophones différents (du plus grave au plus aigu : le baryton, le ténor, l'alto et le soprano) qui n'ont pas tout à fait le même son, malgré un évident air de famille ? De même, le son d'une trompette peut être radicalement modifié à l'aide d'une sourdine standard ou d'une ventouse. Enfin, chaque musicien à un son qui lui est propre : écoutons par exemple deux saxophonistes ténor de la même génération, au hasard John Coltrane et Stan Getz, sans même parler du phrasé (la façon de jouer), la différence de son est flagrante.
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| John Coltrane au saxophone soprano ("Big Nick", Duke Ellington & John Coltrane, 1962) |
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| John Coltrane au saxophone ténor ("Stevie", Duke Ellington & John Coltrane, 1962) |
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| Stan Getz au saxophone ténor ("On Green Dolphin Street", In Paris, 1966) |
Les autres instruments courants dans le jazz sont le piano, la contrebasse, la trompette, et la batterie. Le big band ajoute le trombone et la guitare (amplifiée). On trouve aussi parfois la clarinette et le banjo, surtout dans les formations d'avant la II° Guerre Mondiale. Cela dit, on peut jouer du jazz sur n'importe quel instrument et, au fil du temps, les musiciens ne se sont pas gênés pour introduire flûte traversière, clarinette basse, orgue électronique (le fameux Hammond B-3) ou synthétiseurs, vibraphone, hautbois, cor (French Horn), violon, percussions issues de la musique latine ou africaine, ou encore des instruments plus exotiques empruntés aux musiques du monde. Et sans oublier la voix humaine, bien sûr, car il y a aussi une importante tradition chantée dans le jazz (Nat King Cole, Ella Fitzgerald, etc...).
Billy Holiday (chant) et Lester Young (saxophone)
(Complete Recordings - 2002 - Jazz Factory)
Signalons aussi que certains musiciens sont capables de jouer de plusieurs instruments : s'il n'est pas rare qu'un saxophoniste utilise plusieurs types de saxophone, Eric Dolphy maitrisait le saxophone alto, la flûte traversière et la clarinette basse, Rahsaan Roland Kirk jouait en même temps du ténor et de 2 autres instruments cousins du saxophone, tandis que Yusef Lateef utilise parfois une demi-douzaine de flûtes différentes sur un même disque, en plus du hautbois et du saxophone ténor. Plus rare, le pianiste Keith Jarrett joue de temps en temps du saxophone soprano, de la flûte à bec, de la guitare ou des percussions.
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| Eric Dolphy à la flûte traversière ("Gazzelloni", Out To Lunch, 1964) |
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| Jimmy Smith à l'orgue Hammond B-3 ("A subtle one", Midnight Special, 1960) |
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| Bennie Maupin à la clarinette basse ("Spanisk Key", Bitches Brew, 1969) |
Enfin, pour être vraiment complet sur le sujet, il faut ajouter que de nombreux musiciens prennent un malin plaisir à tirer les sons les plus inhabituels possibles de leur instruments. Si cette tendance est très caractéristique du free jazz, on la retrouve aussi dans le bop/be-bop (Yusef Lateef par exemple) ou dans le jazz moderne.
Cette diversité des sons vient évidemment s'ajouter à la diversité des formations. Ainsi, un quartet peut se composer de 2 cuivres et exclure le piano (Ornette Coleman, Gerry Mulligan) ou un trio se former autour d'un saxophone, d'un orgue et d'une batterie (Joshua Redman). D'un autre côté, le groupe de Miles Davis période jazz/rock pouvait inclure simultanément 2 batteries, une basse électrique et une contrebasse, et jusqu'à trois pianos électriques.
Je ne vais pas vous infliger ici la longue liste des différents genres ou sous-genres du jazz et leur description, sachant qu'en plus chaque musicien d'un même courant aura son propre style. On peut simplement noter que le jazz a beaucoup évolué tout au long du XX° siècle et, bien sûr, que ce n'est pas fini ! Ces évolutions sont liées soit aux réflexions des musiciens sur la théorie musicale (be-bop par exemple), soit à l'influence d'autres musiques (fusion jazz/rock dans les années 70), soit à l'influence des événements extérieurs (le free jazz semble difficilement dissociable des mouvements de contestation des Noirs aux Etats-Unis, au début des années 60).
Ornette Coleman, un des pères du free jazz
Pour ne prendre que deux exemples, la principale caractéristique du free jazz est (contrairement au courant bop/be-bop) que les morceaux ne sont plus basés sur une suite d'accords, ce qui donne plus de liberté aux solistes pour improviser et ouvre notamment la voie à l'improvisation collective. On notera que les musiciens de free jazz jouent en général des solos plus cahotiques et abrupts que ceux qui jouent du jazz normal : la grande question est de savoir si c'est parce qu'ils ont plus de liberté pour jouer, ou bien s'ils ont supprimé les accords parce que leur jeu spécifique en solo entrait en contradiction avec ? Si quelqu'un a la réponse, qu'il n'hésite pas ! Autre exemple, concernant cette fois le jazz moderne ou contemporain (à partir du milieu des années 80), une écoute comparative avec le jazz des années 50/60 montrera un changement assez fondamental dans la rythmique des morceaux, dû notamment à des emprunts au funk (lui-même en partie issu du jazz).
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| Be-bop : "Salt Peanuts" (Dizzy Gillespie, An Electrifying Evening, 1961) |
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| Free jazz : "Focus On Sanity" (Ornette Coleman, The Shape Of Jazz To Come, 1959) |
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| Jazz moderne : "Streams Of Consciousness" (Joshua Redman, Freedom In The Groove, 1996) |
Le type de formation a généralement une influence sur le style. Ainsi, le free jazz est quasiment impraticable par un big band, mais celui-ci peut jouer de la bossa-nova ou du jazz/funk. A l'inverse, un trio ou un quartet ne pourra jamais produire le même effet de swing qu'un big band. De nos jours, les petites formations (trio, quartet, quintet) n'hésitent pas à mélanger les genres : on fait peur au public en commençant le morceau par une intro free jazz à l'extrème avant de revenir à du jazz plus standard pour le continuer, on inclut au répertoire quelques morceaux influencés par la musique folklorique/traditionnelle européenne ou arabe, etc...
J'espère que les lignes qui précèdent vous ont donné conscience qu'il faudrait presque parler des jazz plutôt que du jazz (sous-entendu comme un bloc unique). Le risque est de vous avoir donné le tourni et que vous vous sentiez définitivement perdus. Pour ma part, il me semble que tant de diversité ne présente que des avantages :
Assez de blabla ! Si vous voulez entendre cette diversité, je vous invite à aller voir :